Manifeste

Maternité et féminisme.

Vaste sujet mais surtout vrai sujet, trop souvent considéré comme une annexe aux grandes luttes du féminisme institutionnel. Et quand une place est faite au partage d’expériences et de vécus autour de la maternité et du féminisme, c’est encore pour opposer celles qui sont mères (par choix ou pas) à celles qui ne le sont pas (par choix ou pas). 

La maternité, dans le féminisme mainstream (le féminisme majoritaire, celui des principales associations et des féministes médiatiques), est vue comme une sorte de « tout ou rien », une réalité monolithique qui porte en elle deux vérités absolues qui s’opposent, les deux aussi aliénantes et porteuses d’injonctions : être mère c’est génial, être mère c’est réducteur, être mère c’est magique, être mère c’est une prison, être mère c’est un moteur, être mère c’est un frein…

Aucune de ces affirmations n’est entièrement vraie ni entièrement fausse, car être mère c’est peut-être un peu tout ça à la fois. Ça dépend des femmes. Des moments. Du contexte. Des parcours.

Mais une chose est sûre : être mère n’empêche pas d’être féministe. Et être féministe n’empêche pas d’être mère. Quand on a besoin de marteler l’évidence, c’est qu’elle n’est pas si évidente qu’on le croit.

Chacune à notre façon, à notre rythme, selon nos possibilités, nos désirs, nos contraintes, nos parcours de vie, nos choix et non choix, nous avançons sur cette voie complexe de la maternité féministe, un cheminement fait de luttes d’émancipation au quotidien et de combats qui ne tiennent pas forcément le haut du pavé militant mais qui représentent pourtant un enjeux capital dans l’émancipation des femmes.

Ce projet collectif a pour objectif de proposer des témoignages et des partages d’expériences autour de la maternité et du féminisme.

Nous souhaitons offrir ici un espace d’expression, de partage et d’entraide non excluant, au sein duquel aucun choix, aucun vécu ne seront jugés. Être mère et féministe, c’est composer avec une somme non négligeable d’injonctions contradictoires, dont certaines proviennent,  hélas, de nos propres rangs, le « brevet de féminisme » étant facilement retiré à celles qui ne suivent pas la route officielle de l’émancipation féministe.

La maternité, marqueur social fort, porte son lot d’injonctions et de contraintes. Si au sein des rangs féministes les mères sont parfois considérées comme les cancres du militantisme, elles sont parallèlement et en permanence jugées par une société qui les pousse à faire des enfants mais les évaluera ensuite sur leur façon de vivre leur maternité : prouver qu’on assure, montrer comment on y parvient, trébucher, s’épuiser à la tâche, être jugée coupable de cet épuisement… La maternité est un sport de combat, qu’on pratique les mains liées et enfermées dans un grand nombre de carcans.

La parole des femmes est silenciée, rendue inaudible, la parole des mères l’est encore plus. Se dire féministe n’est jamais facile, mais se dire féministe quand on est mère est un véritable défi pour certaines d’entre nous. Et c’est toujours par les experts que nous sommes « analysées », « conscientisées ». Or, nous n’avons pas besoin d’être décryptées, nous avons besoin d’être entendues, et de partager. De nous unir et de témoigner.

C’est ancrées dans nos réalités multiples que nous souhaitons faire fonctionner ce site : nos combats quotidiens sont ceux qui nous font avancer, parfois loin des grandes luttes et du féminisme institutionnel, mais nos victoires et nos questionnements ont du sens. Le point de départ de notre propos, ce sont nos vécus, pas les théories militantes. Nos témoignages, pas les injonctions des autres. 

Allaiter ou pas. Avoir une activité professionnelle extérieure ou pas. Pratiquer le co-sleeping ou pas. Mixer des légumes ou acheter des petits pots. Être plus mère que compagne. Être plus compagne que mère. Être seule. Être une famille. Être épuisée. Regretter. Jubiler. Savourer. Tâtonner. Avancer. Être mère. Être féministe. C’est nous, et c’est ici.

Soyez les bienvenues.

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