Temps de travail, inégalités femmes/hommes et pistes d’évolution

Nous vous parlons depuis quelques temps, sur ce blog, de temps de travail à travers les témoignages des membres du collectif.

Nous vous proposons, avant de passer à un autre thème, de vous donner cette semaine d’autres ressources, des études, des analyses chiffrées, afin de replacer les témoignages dans un contexte plus large. Voilà tout d’abord quelques ressources chiffrées concernant le temps de travail et la maternité, et l’inégalité entre père et mère à ce sujet.

On commence logiquement avec la question du congé maternité : il est de 16 semaines, 26 pour un 3e enfant, 34 pour des jumeaux. Le gouvernement a prévu une réforme pour un congé de maternité unique garanti pour toutes les femmes quel que soit leur statut professionnel, aligné sur ce régime.

Cette durée est garantie par le code du travail. Certains accords de branches ou conventions collectives proposent des conditions de durée ou de rémunération plus favorables. Jusque là, c’était l’accord de branche qui primait et l’accord d’entreprise ne pouvait proposer que mieux. Désormais, avec les ordonnances de Macron, un accord d’entreprise peut être moins favorable que l’accord de branche, tant qu’il respecte le code du travail. Voir ici et .

Le père, ou le deuxième parent dans le cadre d’une famille homoparentale, ne bénéficie en revanche que de 3 jours de congé de naissance et de 11 jours de congé paternité. Il est pris seulement par 7 pères sur 10.

La question de l’allongement de ces congés revient régulièrement, et a même été discutée à l’assemblée en février dernier. La volonté d’allongement du congé paternité a pour objectif de réduire les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes et de permettre aux pères de prendre pleinement leur part des tâches parentales et ménagères. Rendre le congé paternité obligatoire permettrait aux hommes de sortir d’un schéma de présentéisme “obligatoire” qui les rend visible dans l’entreprise, et de cesser de pénaliser les pères précaires, qui craignent pour leur emploi et prennent le moins ce congé. Hélène Périvier, économiste de l’OFCE explique ici pourquoi elle est favorable à un congé paternité plus long et obligatoire.

Un allongement du congé paternité pourrait-il contribuer à introduire plus d’égalité dans les couples? Peut être, si toutefois ce congé était suffisamment long pour permettre aux pères de sortir de leur unique rôle «d’aidant», de parent auxiliaire, et de prendre leurs marques en temps que pourvoyeurs de soin à part entière. Ce pourrait être notamment le cas si les hommes avaient à la fois la possibilité d’être présents dès les premiers moments de l’enfant pour tisser des liens d’attachement de qualité, tout en étant encouragés à s’investir à plein temps hors des périodes de congé post-natal maternel.”

Ce passage est extrait d’un article de Béatrice Kammerer que vous trouverez ici. Enfin, une pétition circule actuellement à ce sujet et son créateur explique ses motivations ici.  

Mais si l’idée était évoquée pendant la campagne de Macron, Marlène Schiappa dit que le congé paternité ne sera pas allongé parce que “les hommes n’accouchent pas” en juin 2017.

 

Mais ces congés prévus pour la naissance ne sont pas les seules différences entre mères et pères. En France, d’après l’Insee, plus d’une mère sur deux d’enfants de moins de huit ans s’est arrêtée de travailler après la naissance de ses enfants ou a réduit temporairement son temps de travail, au moins un mois au-delà de son congé de maternité. Seuls 12 % des pères ont modifié leur temps d’activité au-delà de leur congé de paternité. Les femmes sont ainsi très fortement majoritaires en congé parental, à temps partiel et au foyer. Dominique Méda souligne ici que “la présence d’enfants […] fait systématiquement diminuer le taux d’emploi et la durée du travail des femmes : si la différence de taux d’emploi entre les hommes et les femmes sans enfant est de 12 points sur l’OCDE, elle est de 32 points entre les hommes et les femmes avec enfants”, même si en France les couples où les deux parents travaillent à temps plein sont plus nombreux que dans la moyenne de l’OCDE.  

Et même quand elles continuent à travailler, elles adaptent davantage leur organisation de travail que les pères, comme l’illustre cette bande dessinée d’Emma. Une étude récente, “L’articulation des temps parental et professionnel au sein des couples : quelle place occupée par les pères ?” (Dares analyses, septembre 2017) (présentée ici et ) montre que lorsque les 2 parents d’enfants de moins de 3 ans travaillent, “les mères passent en moyenne plus de temps avec l’enfant, y consacrant les trois quarts de leur temps disponible contre moins de 60 % pour les pères.” “Du lundi au vendredi, les mères passent en moyenne un total de presque 12 heures seules auprès de leur très jeune enfant entre 8h et 19h, soit 2 heures 25 par jour, et la moitié d’entre elles passent au moins 10 heures seules avec lui, soit 2 heures par jour. Les durées de garde des pères sont plus courtes et plus dispersées : ils passent un peu plus de 4 heures seuls avec leur très jeune enfant (50 minutes par jour), mais moins d’un père sur deux garde seul son enfant plus d’une heure sur la semaine (soit 12 minutes par jour).“ On trouve même de nombreux articles de conseils d’organisation du travail destinés uniquement aux mères, comme ce “comment mieux travailler quand on est maman” (l’équivalent pour les pères n’existe pas). Autre exemple, dans cette étude de 1991, F. De Singly montre que ce sont elles qui s’occupent des enfants malades : “Soulignons que cette garde est une affaire de femmes : quels que soient ses droits au congé, le conjoint participe peu à la garde de ses enfants malades et après la mère, ce sont les grands-mères qui s’occupent de l’enfant malade (dans un quart des cas)”.

 

Le congé parental est ainsi pris massivement par des femmes. En 2014, 96,5% des 500 000 allocataires étaient des mères. Ces chiffres datent d’avant la réforme du congé parental, voté en 2014, le congé n’étant désormais financé jusqu’aux trois ans de l’enfant que si les deux parents se le partagent. Cette réforme affichait pour ambition d’encourager les pères à prendre un congé parental, afin de lutter contre les inégalités hommes/femmes et a été votée dans “La loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes”, mais ses détracteurs lui reprochent d’être surtout un moyen de faire des économies en raccourcissant les possibilités de congé parental pour les mères qui le prennent massivement. Ce que l’économiste Hélène Périvier, spécialiste de la question, confirme dans cette émission.

Une étude de 2016 semblait montrer qu’il n’y avait pas d’évolution sur la répartition père/mère depuis cette réforme, selon cet article. Mais une étude de la caf montre un congé parental en forte baisse suite à cette réforme. Cet article souligne “L’obligation de partager le congé parental d’un an aurait entraîné une légère augmentation du nombre de pères bénéficiaires de ce congé. En revanche, ils ne prendraient pas la deuxième partie du congé de trois ans, ce qui entraînerait une diminution de la durée de perception de l’indemnité”. L’étude précise : “à partir de janvier 2017, date à laquelle l’obligation de partage commence à s’appliquer pour les enfants nés en janvier 2015, la baisse des versements s’accentue très fortement. Entre décembre 2016 et mai 2017, on constate une baisse de l’ordre de 40 000 versements pour la génération 2015“.

Les chiffres du congé parental peuvent se combiner ou non avec les chiffres du temps partiel et des mères au foyer.

 

Le temps partiel est très majoritairement féminin : 78% des postes à temps partiel sont occupés par des femmes, et 30 % des femmes occupent un emploi à temps partiel, contre 8 % des hommes. Les écarts de salaires et la persistance de déséquilibres dans la prise en charge des tâches domestiques expliquent pour une grande part cet écart. (source)

Un grand nombre de mère sont aussi “au foyer”. En 2011, le nombre des “femmes au foyer” s’élevait à 2,1 millions, soit 14% des femmes de 20 à 59 ans (mais elles ne sont pas toutes mères). Une étude de l’évolution entre 1991 et 2011 montre que le nombre de mères au foyer diminue, que si en 1991 elles déclaraient majoritairement avoir cessé leur activité pour des raisons personnelles, la raison majoritaire est devenue la fin d’un contrat à durée déterminée (CDD). Les interruptions d’activité sont plus souvent temporaires qu’il y a vingt ans et vont plus souvent de pair avec la naissance d’un enfant (source). “Qu’elles apprécient ou non leur statut de femmes au foyer, la plupart des femmes interrogées n’envisagent pas de rester à la maison définitivement : très peu (moins de 5 %) n’envisagent pas de retravailler un jour et seules 18 % n’ont pas encore fixé d’échéance précise pour le retour à l’emploi. Les trois quarts envisagent de reprendre le travail à une date qu’elles ont déjà fixée, en général au plus tard aux trois ans de l’enfant. Plus de la moitié souhaitent travailler à temps partiel.” (source)

 

Ces interruptions de travail ont des conséquences à long terme sur les carrières des femmes. Sur leur rémunération tout d’abord : dans le privé, tous temps de travail confondus, en 2009 la rémunération annuelle des femmes est inférieure de 24 % à celle des hommes (Dares, Analyses, n° 106, mars 2012). L’écart de salaires s’explique par la part importante de femmes occupant des postes à temps partiel (80 % des emplois), les interruptions de carrière et le fait qu’elles effectuent moins d’heures supplémentaires que les hommes. (source). Sur leur retraite ensuite : les femmes travaillent plus longtemps afin de compenser leurs carrières incomplètes (2 fois plus de femmes que d’hommes attendent 65 ou 66 ans pour liquider leur retraite). En 2011, les femmes, avec 932 euros mensuels en moyenne, disposent d’un montant de pension calculée en contrepartie des cotisations versées (les avantages de droit direct) inférieur de près de 42 % à celui des hommes (1 603 €) (source). Plus de détails ici.

Pour aller plus loin, “Les trajectoires professionnelles et la retraite des femmes” (Retraite et société, 2012/2, n° 63)

D’après cette enquête du CREDOC, “les risques liés à une pause professionnelle semblent mal connus : 58% de la population pensent que lorsqu’un parent s’arrête de travailler pendant un an à la naissance de son enfant, cela n’aura qu’un très faible impact sur son niveau de salaire au bout de dix ans. Ce n’est malheureusement pas le cas.”

 

Comment rééquilibrer ces différences entre hommes et femmes ?

Nous avons déjà parlé de la piste de l’allongement du congé paternité. Dans Pourquoi et comment mettre en œuvre un modèle à « deux apporteurs de revenu/deux pourvoyeurs de soins ? (Revue française de socio-économie, 2008/2, N°2), Dominique Méda donne plusieurs pistes, qui, pour être efficaces, doivent être combinées, en partant, entre autres, de comparaisons internationales :

  • changer les normes de travail, permettre aux deux parents des jeunes enfants de bénéficier de temps libre supplémentaire et de souplesse sur l’organisation du travail (“Faire en sorte que les deux parents puissent disposer de temps pour s’occuper eux-mêmes de leurs enfants, c’est reconnaître l’importance de cette activité”)
  • réformer le congé parental (“la combinaison des éléments suivants : un congé parental relativement court, bien rémunéré et partagé en trois parties égales comme on l’a vu ci-dessus, devrait à la fois permettre aux deux parents de bien s’occuper de l’enfant durant sa première année et de ne pas perdre le lien avec le travail. Cela suppose, pour la France, la suppression de l’actuel complément d’activité de libre choix qui, comme l’APE auparavant, incite en majorité les femmes peu qualifiées à se retirer de l’emploi et à retrouver, lorsqu’elles reviennent sur le marché du travail, des conditions d’emploi plus mauvaises”)
  • Investir massivement dans des modes de garde de qualité

 

Beaucoup de chiffres et de statistiques dans cet article, mais qui nous semblent importants. Deux autres articles arrivent pour compléter tout ça, un premier sur les notions de libre choix, de conciliation, de contraintes, et un second sur une remise en cause plus profonde du monde du travail et quelques interrogations féministes qui en découlent.

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