Conciliation expérimentale

Un thème commun et des témoignages individuels, qui se répondent, se complètent, se contredisent parfois. 
En ce moment, nous parlons de travail, et plus précisément de temps de travail. Travailler à temps plein, à temps partiel, prendre un congé parental ou non, choisir ou non de rester au foyer… Comment trouver l’équilibre entre épanouissement personnel, féminisme et contraintes ?

 

Je m’appelle Odette, j’ai deux enfants nées à 2 ans d’écart, et je suis développeuse informatique en CDI.

 

Après la naissance de ma première fille, je n’ai rien lâché du travail : j’ai repris à temps plein dès qu’elle a eu deux mois et demi, sans aménager grand-chose sur l’organisation (télétravail ou temps partiel, par exemple). Comme je n’avais pas l’ancienneté qui me donnait droit à un congé parental (à temps plein ou partiel), je n’ai même pas jugé utile de demander. J’ai trouvé une assistante maternelle qui a accepté de garder ma fille 50 heures par semaine. La bébé vivait plutôt bien la situation : elle était gardée seule, son rythme était bien respecté, ça se passait bien. Elle ne m’a jamais “fait de crise”, le retour au travail n’a pas donné lieu à un retour de flammes en termes de réveils nocturnes par exemple.

Moi, par contre, au bout d’un an à ce régime, j’étais vidée par mes doubles journées de travail sans possibilité de passer le relais (mon mari, consultant, était en déplacement 5 jours par semaine, ma famille était loin). J’ai diminué mon temps de travail à 4 jours par semaine pour en consacrer un à ma fille — alors âgée d’un peu plus d’un an — et aux divers rendez-vous (pédiatre, dentiste…) que je devais autrement caser dans mes minuscules plages de temps libre (je n’ai pas de RTT !). Je n’avais pas de compensation financière par la CAF (bébé trop vieux) mais c’était une question de survie. Ma dose de stress a diminué immédiatement.

Je n’ai eu aucun problème pour aménager le temps de travail (passage à 80 %) ou les modalités (télétravail, horaires décalés) avec l’employeur actuel. Les précédents employeurs étaient un peu plus pénibles. Par exemple, ma première entreprise n’accordait de temps partiel aux parents qu’au retour immédiat de congé maternité… ce qui est vaguement hors la loi.

 

Pour ma deuxième fille (née 2 ans après la première), j’avais des regrets et j’ai tenté l’extrême inverse : contrairement à sa sœur, elle a été allaitée au sein, elle a dormi dans mon lit, et surtout, j’ai pris un congé parental à temps plein jusqu’à ses 7 mois. Niveau financier, ce n’était pas totalement déconnant : le tarif pour faire garder à temps plein deux enfants en bas âge par une assistante maternelle n’était pas bien loin du montant de mon salaire (par contre mon mari avec son métier chiant gagne beaucoup plus que moi, donc pas de négociation possible pour que ce soit lui qui vienne à la maison). Il y a eu des moments très cool (et j’ai adoré allaiter) mais ce n’était pas une bonne idée pour moi : je n’ai pas supporté de m’occuper à temps plein de deux enfants en bas âge. La charge mentale continue était beaucoup trop forte, j’ai déprimé sec toute seule à la maison, ça m’a manqué cruellement de parler à des adultes et de coder des trucs rigolos. Finalement, j’étais quelque part entre le burnout et la dépression quand j’ai repris le chemin du travail… à 80 % (j’avais compris la leçon après numéro 1, quand même).

 

Après ces deux extrêmes dont aucun ne me convenait, mon équilibre est le suivant : je travaille à 80 % (4 jours par semaine), et de chez moi un ou deux jours par semaine. Le matin, c’est moi qui pose les petites à l’école ou chez la nounou, et c’est mon mari qui les cherche le soir. Je consacre la plupart de mes “jours off” à m’occuper des enfants… mais il m’arrive aussi de les laisser chez la nounou ces jours-là pour m’occuper de moi.

J’ai aussi réussi à allaiter la cadette jusqu’à ses 11 mois, en tirant mon lait au travail jusqu’à ses 9-10 mois environ, malgré des conditions matérielles pas géniales (pas top les bureaux avec des parois vitrées… mais merci le jour de home office hebdomadaire). Mon employeur n’a posé aucun problème pour le tirage de lait, et mes collègues non plus. Pour le temps partiel nous avons tâtonné et, à force d’essais-erreurs, fini par trouver une organisation qui nous permet d’avancer.

 

Mon employeur est donc super pour les jeunes parents. J’ai pu constater par contre que ce n’est pas le cas de toutes les entreprises. L’ex-employeur de mon mari remporte la palme de celui qui nous a posé le plus de problèmes. Le patron, devant une vague de démissions de jeunes papas dans sa boîte, a lâché un magnifique « il semble que certains ici préfèrent s’occuper de leur femme (quelle drôle d’idée) » dans un mail collectif, a traîné dans la boue tous ceux qui démissionnaient à cause des déplacements permanents, refusant les ruptures conventionnelles et compliquant toutes les procédures. J’ai longuement encouragé mon mari à changer d’entreprise, celle-ci n’ayant visiblement pas compris la notion d’« équilibre » pro-perso. Il a fini par accepter au début de ma deuxième grossesse, un jour où j’étais en larmes au téléphone. Son nouveau patron est père de famille nombreuse, la politique de son entreprise est plus équilibrée et mon mari ne se fait pas regarder de travers quand il quitte à 18 heures pile pour chercher les petites le soir. Il a toujours des déplacements, mais on est de l’ordre de 2-3 jours par mois, souvent à la journée.

 

Être deux nous aide aussi beaucoup à consacrer suffisamment d’attention aux deux enfants pendant les soirées et les matinées. Les jours normaux, on partage (un enfant chacun, une routine chacun). Au niveau de la charge mentale (coucou le buzzword), c’est moi qui gère celle qui concerne les enfants et l’administratif, et c’est lui qui gère « la maison », c’est-à-dire les repas, les courses, la plupart des lessives et une bonne part du rangement et du ménage. En tant que bordélique de la vie et fétichiste de la paperasse, j’apprécie tout à fait cette répartition. Les jours plus compliqués, on sait qu’on peut en donner un peu plus à l’autre parent si on a besoin de se reposer. J’aime bien avoir ce droit à l’erreur que je n’avais pas quand j’étais parent solo avec un seul bébé.

 

En résumé de ce gros pavé, je procède ainsi pour concilier maternité et travail :

– je ne travaille pas à temps complet, mais je travaille quand même ;

– je choisis un mode de garde qui soit en accord avec les besoins des enfants (une assmat avec peu d’agréments, par exemple) ;

– je partage les routines et la charge avec mon mari ;

– je choisis mes employeurs — c’est très facile pour moi en tant que développeuse dans un marché en « chômage inversé » j’en ai conscience — et j’incite mon mari à en faire autant ;

– je n’hésite pas à expérimenter, à tâtonner, et à essayer de nouvelles choses si ça ne me convient pas, tant au travail qu’à la maison.

 

Odette

 

Retrouvez les autres témoignages sur le sujet : 

Sacrip’Anne, Back to business

Véro : Construire un équilibre familial

Moineau : le père invisible

Fille d’Album : à temps partiel au boulot, à temps partiel à la maison

Leslie : chômage parental 

Georgia : travail, grossesses et congé parental

Madame Sioux : “je choisis ma liberté de freelance”

 

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