Construire un équilibre familial

Un thème commun et des témoignages individuels, qui se répondent, se complètent, se contredisent parfois. 
En ce moment, nous parlons de travail, et plus précisément de temps de travail. Travailler à temps plein, à temps partiel, prendre un congé parental ou non, choisir ou non de rester au foyer… Comment trouver l’équilibre entre épanouissement personnel, féminisme et contraintes ?

La question du travail est à mon sens intimement liée au féminisme : travailler pour être indépendante financièrement, et donc ne pas être liée à mon conjoint par une contrainte financière, est une absolue nécessité (notamment psychologique) pour moi. Ce l’était avant d’avoir des enfants, et ce l’est peut-être encore plus aujourd’hui.

Dans le rapport à la maternité, mon rapport au travail est relativement clair : je ne sacrifierai pas mon travail à mes enfants ET VICE-VERSA. Je choisis une forme d’équilibre (sans doute très relatif, j’en suis assez consciente, mais qui me convient à moi : cela aussi, c’est une forme de féminisme). J’ai à peu près détesté le congé maternité – non pas dans l’absolu, j’en avais besoin, bien entendu, mais dans ce qu’il supposait, rester à  la maison 24 h. sur 24 avec mes loulous (qui n’étaient pas des bébés à besoins intenses, pourtant, dormaient beaucoup, mangeaient bien…). Mais aujourd’hui je refuse qu’on me culpabilise quand je pars d’une réunion avant la fin pour aller récupérer l’un ou l’autre. J’ai un travail que j’aime beaucoup (pas toujours…), qui est très prenant mais me laisse une assez grande liberté d’horaires. La difficulté est alors de faire comprendre aux enfants (et à d’autres, dont ma belle-mère) que oui, là je travaille, même de chez moi, et que non, je ne peux pas être tout le temps disponible ; et à certain.e.s collègues que non, là je ne travaillerai pas (notamment pas pendant le week-end) parce que mon job n’est pas ma vie et que si j’ai fait des enfants, c’est aussi pour m’occuper d’eux… J’ai parfois l’impression qu’il y a toujours quelqu’un pour me reprocher d’en faire trop dans un sens ou dans l’autre : je travaille trop ou pas assez, je m’occupe trop ou pas assez de mes enfants… Ceci dit, globalement, je passe désormais pas mal « au-dessus » de ces regards – et mon féminisme croissant m’y a clairement aidé.

Je n’ai pas pris de congé parental ; c’était inimaginable pour moi. Mon mari est à temps partiel et gère l’essentiel de la maison ; le temps avec les enfants est sans doute celui que nous partageons le plus – mais c’est clairement lui qui subit le plus les contraintes horaires qui leur sont liées. Je ne supporte pas, en tant que femme, d’être « ramenée » et « limitée » à mon rôle de mère – nous avons trouvé un modus vivendi qui nous convient à tous les 4, manifestement encore atypique dans notre société, qui nous vaut des commentaires surpris, généralement admiratifs envers mon mari, plus rarement envers moi (ah l’homme qui se sacrifie pour sa femme et ses enfants… bouh la mauvaise mère qui ne renonce pas à un séjour de travail de 15 jours à l’extérieur, ou à une responsabilité qui l’empêche de faire les sorties scolaires avec ses enfants…). Personnellement, je sais que c’est le seul vivable sans que j’ai le sentiment de me renier et sans que les enfants en pâtissent – et mon cher et tendre n’a aucune envie de reprendre à plein temps : nous ferions encore autrement s’il en ressentait le besoin.

Finalement, je pense que la question du travail est un bon révélateur des injonctions souvent contradictoires faites aux femmes et que pour sortir de celles-ci, il est nécessaire de savoir ce que l’on veut POUR SOI : non pas pour négliger tout le reste, mais pour mesurer ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas. Qu’est-ce qui rendra la vie familiale (de toute la famille, soi compris, donc) insupportable ? Le compromis est normal ; le féminisme suppose qu’il soit partagé, construit sur les besoins et capacités de chacun et pas prioritairement de Monsieur. La question est intimement liée à celle des tâches ménagères et assimilées, des rôles de chacun dans les soins aux enfants, bien entendu des structures d’accueil des jeunes enfants. Ma situation est plus facile que celle de  beaucoup d’autres : je gagne plus que mon mari, je vis dans une ville moyenne où faire garder ses enfants n’est pas très difficile et où le périscolaire est gratuit, nous habitons à 5 minutes à pied de l’école, ma belle-mère est presque sur place ce qui facilite la gestion des imprévus, et, encore une fois, je suis très maîtresse de mon rythme de travail. Au final, je pense que la question des rapports entre maternité et travail est fondamentalement féministe : il s’agit de laisser à chacune la possibilité de faire ses propres choix dans ces rapports, alors que les facteurs contraignants structurels sont actuellement très nombreux.

Véro (@1_Vero_2)

 

Retrouvez les autres témoignages sur le sujet : 

Sacrip’Anne, Back to business

Moineau, le père invisible

Fille d’Album : à temps partiel au boulot, à temps partiel à la maison

Leslie : chômage parental

Georgia : travail, grossesses et congé parental

Odette : conciliation expérimentale

Madame Sioux : “je choisis ma liberté de freelance”

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4 thoughts on “Construire un équilibre familial

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