Choisir son accouchement

Minka paraphrase le thème à la Semaine Mondiale de l’Accouchement Respecté cette année : “Mon corps, notre ou mon bébé, mon choix”. Cette notion de choix regroupe à la fois l’idée d’information suffisante et de consentement éclairé.

“un accouchement respecté ce serait : on me donne toutes les infos et on me laisse choisir, comme si, soyons fous, j’étais un être humain capable de réfléchir.” (Minka)

L’idée est donc d’ouvrir les possibles, de “cesser de présenter les protocoles hospitaliers comme le déroulement incontournable de l’accouchement” (Moineau).

“Un accouchement respecté est un accouchement qui respecte le choix de la femme, que celui-ci soit d’un accouchement à la maison ou d’un accouchement médicalisé. Chacune a sa propre histoire, ses propres peurs, ses propres forces et ses propres faiblesses : le respect c’est de proposer un accouchement qui lui permettrait de vivre ce moment en prenant tout cela en compte, dans le respect de ses choix liés à qui elle est. C’est un combat hautement féministe car, alors que nous sommes dans le plein exercice d’une fonction exclusivement féminine, c’est justement à ce moment qu’on nous bride le plus, dans nos droits, dans notre respect… Qu’on nous infantilise alors que nous vivons une des choses les plus puissantes dans la vie d’une femme. Reprenons nos droits lors de ce moment primordial et nous reprendrons nos droits dans toutes les facettes de nos vies de femmes !” (Agathe Tournesoleil)

“Un accouchement respecté peut aussi bien se faire en maison de naissance, en hôpital/clinique ou à la maison tant que les intervenants sont informés et à l’écoute et que la mère peut exprimer ce dont elle a besoin.” (Marion)

 

Afin que ce choix puisse se faire librement, il faut une information éclairée et un respect absolu du consentement et du choix des futurs parents. La Farfa demande “que les équipes arrêtent de faire du “chantage à la santé de l’enfant” en faisant flipper les futures parents à base de “mais il risque de mourir” en l’absence de tout risque réel… (…) Et qu’on arrête de discourir sur les “risques” d’un accouchement sans gynécologue-obstétricien ou pire, d’un accouchement à domicile !”

Actuellement, il faut se battre pour sortir du système. Alors que pour Agathe Tournesoleil “Le système “traditionnel” ne devrait être qu’un choix, un choix pour les femmes qui en ont besoin, qui en ressentent le besoin”, que toute autre choix devrait être aussi facile, Vermicel déplore qu’au contraire les possibilités de s’écarter un tant soit peu du suivi classique soient de plus en plus restreintes. Ezrine ajoute que “C’est vraiment compliqué de sortir du système classique et ça nécessite un bon bagage d’assurance et d’informations.”

Ce discours catastrophiste omniprésent a une influence néfaste le choix des parents, pour le choix en amont et même le jour J : “une naissance à domicile m’aurait bien tentée pour mon premier, mais je savais que jamais mon mari n’accepterait : trop d’angoisse pour lui, alors que la société nous enfonce bien dans le crâne ô combien il est dangereux d’accoucher, et que sans médecin à l’horizon, malheureuse ! vous pourriez y laisser la vie, vous comme l’enfant. Moi-même je n’étais pas sûre de pouvoir me défaire complètement de cette vision.” (Moineau). “Pour moi c’était une évidence, l’accouchement à domicile était naturel. Par contre j’ai du lutter (sage-femme pas adaptée mais seul choix, lettre de la maternité qui menace de me désinscrire, j’en passe). Et du coup quand j’ai senti que j’allais accoucher là tout de suite (sage-femme même pas encore prévenue, 2h de contractions), tout le discours alarmiste m’est retombée dessus et je suis partie à l’arrache alors que j’aurais du juste accoucher tranquille chez moi.” (Hello_Elo).

 

Il est également important que ce choix soit valable pour tous, et pas déterminé par une offre limitée dans un secteur géographique. “« L’offre de service » est malheureusement très pauvre en France et dans ma région” (Ezrine). “Le libre choix de la manière de donner naissance (en maternité, en plateau technique, en maison de naissance, chez soi…) devrait être une évidence. Cela a été mon cas : pour chacun de mes enfants, j’ai réellement eu la possibilité de choisir. *Je suis consciente d’avoir “eu de la chance”, je voudrais que cela soit simplement normal et je voudrais que mes enfants puissent avoir ce choix également si un jour ils ont des enfants.” (Vermicel)

 

Certaines d’entre nous ont fait le choix de s’éloigner du suivi traditionnellement proposé ou de l’accouchement tel qu’on a l’habitude de se le représenter.  

  • Accoucher “autrement” dans une maternité normale. Fille d’Album insiste sur la nécessité que le personnel soit formé pour accompagner ces accouchements un peu différents : “J’ai accouché sans péridurale : les deux fois, j’étais accompagnée par des sages-femmes qui avaient l’habitude d’accompagner des femmes dans ce cas, qui pouvaient me proposer d’autres façon de me soulager, qui ont su me rassurer (ce n’était pas un choix lors du premier accouchement, j’ai paniqué quand j’ai appris que je ne pourrai pas avoir de péridurale, et la sage-femme a très vite su me rassurer), qui étaient habituées à respecter les positions d’accouchement choisies par les femmes aussi… Je pense que ça change tout ! (et bien sûr, le fait qu’il faut suffisamment de personnel pour pouvoir accompagner les femmes correctement, aussi)”. Un changement des locaux, même s’il a son importance, ne suffit pas. “Les « salles nature » sont des gadgets qui font croire à une amélioration de la prise en compte de la physiologie de l’accouchement.” (Ezrine)
  • Faire le choix d’une maternité “pro-physio”, où l’on cherche à respecter au maximum la physiologie de l’accouchement : “Le meilleur, sans doute mon dernier accouchement, dans une mater très pro-physio. J’avais prévu un accouchement à la maison (comme pour les deux précédents) mais au final ma sage-femme était en vacances. On a été très bien reçu à la maternité, la sage-femme a su se faire très très très très discrète au point que j’ai l’impression d’avoir donné naissance à notre dernier enfant dans les mains de mon conjoint tout en bénéficiant de la sécurité d’un cadre hospitalier (et par là, ne pas assumer mentalement la charge/ la responsabilité de la décision d’un accouchement loin de l’hôpital). C’est un très beau souvenir pour toute notre famille.” (Béatrice). Il est alors important de défendre ces structures militantes, parfois menacées.
  • Faire le choix du “plateau technique”, dans une salle d’accouchement à l’hôpital, mais accompagnée seulement par la sage-femme libérale qui a fait le suivi de grossesse, le personnel hospitalier ne prenant le relais qu’en cas de problème. 
  • Faire le choix d’une maison de naissance, lieu de suivi et d’accouchement non médicalisé, où l’on accouche avec la sage-femme libérale qui a fait le suivi de grossesse. En France, elles sont actuellement en expérimentation et obligatoirement accolées à une maternité. 
  • Faire le choix de l’accouchement à domicile. Il est actuellement compliqué en France : “Les accouchements à la maison sont stigmatisés, les sages-femmes qui les accompagnent non soutenues par leur ordre, soumises à des obligations d’assurance qu’elles n’ont pas les moyens de payer” (Ezrine)

“J’ai trois enfants. Mes trois grossesses ont été suivies par des sages-femmes. l’aînée est née dans une petite maternité pro-physio (pour laquelle j’ai fait quelques kilomètres) où mon projet de naissance a été très bien reçu et respecté. Le deuxième est né en plateau technique, avec ma sage-femme. Cette solution me permettait d’être accompagnée avec ma sage-femme dans les locaux de l’hôpital. Je suis restée ensuite 24h à la maternité, puis de retour à la maison, ma sage-femme est venue assurer le suivi post partum. La troisième est née à la maison, avec la même sage-femme. J’avais déjà entendu parler d’AAD (accouchement à domicile) avant ma première grossesse, et j’avais eu la possibilité de faire ce choix pour mon deuxième enfant, mais je crois que je n’avais alors pas la confiance nécessaire. Cette naissance a eu lieu avec beaucoup de simplicité et de sérénité, et si je devais à nouveau donner naissance à un enfant, je n’envisagerais pas de le faire ailleurs que chez moi.” (Vermicel)

 

Et même si certaines considèrent que ces choix ne leur conviennent pas, toutes insistent sur la nécessité d’en offrir la possibilité à celles à qui cela convient.

 

Il faut souligner que l’existence de ces choix alternatifs ne doivent en aucun cas dispenser de faire évoluer l’accouchement à la maternité ou à l’hôpital. En effet, certaines femmes ne peuvent pas faire ces choix pour des raisons médicales (grossesses à risque). Et Marion souligne que “ce choix (d’un accouchement dans un lieu “alternatif”) ne peut être viable que si de réelles possibilités existent de passer de l’un à l’autre, sans jugement ni reproche. Une grossesse tranquille et une accouchement apparemment sans difficulté peuvent mener à une situation nécessitant une intervention médicale. Celle-ci doit être possible sans que le corps médical ne se permette de juger du choix initial de la parturiente. Cela implique aussi qu’il faut former les sages-femmes à détecter tôt les signes d’un accouchement compliqué” (Agathe Tournesoleil, sage-femme, souligne que cela fait partie de leur formation). Même en dehors des grossesses pathologiques, “Plus de passerelles (littéralement) entre des plateaux médicaux et des zones plus déconnectées, ça serait un bon équilibre.” (Sacrip’Anne). Parce qu’on peut avoir des besoins différents pendant la préparation à la naissance/le jour de l’accouchement/dans les premiers jours qui suivent la naissance. Plusieurs participantes ont ainsi eu du mal avec la maternité après l’accouchement alors qu’elles ont été rassurées d’y accoucher, comme Sacrip’Anne ou Pia : “si les maisons de naissance garantissent la quiétude dans les chambres une fois qu’on a accouché je suis pour. Je garde un très mauvais souvenir de mon séjour pour mon premier à cause de ma chambre.” Et parce qu’on doit pouvoir changer d’avis sans être jugée.

Et celles qui se sentent plus à l’aise à l’hôpital ou à la maternité “ ne doivent pas pour autant être privées de leur droit à choisir leur façon d’accoucher”. Quelque soit le choix fait, il faut éviter tout jugement de valeur, toute idée d’un “bon accouchement” universel. “ Les femmes qui font le choix d’accoucher en maternité ne doivent pas pour autant être privées de leur droit à choisir leur façon d’accoucher ou être vue comme ayant eu un accouchement moins bien, moins naturel ou je ne sais quoi. Un accouchement est un acte naturel, peut importe la situation, qu’il soit par voie basse ou par césarienne, ça reste un accouchement (même si les mères ayant accouché par césarienne ont parfois besoin d’un peu de temps et d’aide pour accepter).”

 

Pour aller plus loin… Nous avons fait, sur le compte @MereFeministe, un LT d’une conférence au CALM : “mon corps, mon choix, mon accouchement”, passionnante sur le choix du lieu où accoucher et sur les maisons de naissance.

Parmi les autres ressources qui nous paraissent utiles, on peut citer le CIANE, un collectif inter-associatif qui participe à faire entendre la voix des usagers et le CDAAD, le Collectif de Défense de l’Accouchement à Domicile, qui défend le droit d’accoucher à domicile, les sages-femmes qui le pratiquent, et le choix du lieu d’accouchement.

Citons aussi le blog de Marie-Hélène Lahaye “Explorations politiques et féministes autour de la naissance”.

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