Suivi de grossesse et accouchement : être accompagnées

Nous l’avons vu dans les articles précédents, le suivi proposé est essentiellement voire uniquement médical, et encadré par des protocoles. Pourtant, nous préférons parler d’accompagnement plutôt que de suivi et insister sur le fait qu’il doit s’adapter à chaque future accouchante et donner une plus large place à l’humain : “ Qu’on respecte les choix des parents, qu’on les soutienne (surtout les parturientes) psychologiquement au lieu de vouloir tout régler à coup de machines, de piqures, de médocs. (l’humain bon sang, l’humain !)” (LaFarfa)

“Un accouchement respecté est un accouchement qui prend en compte la personne en tant qu’humain, avec ses peurs, ses doutes, ses forces et ses faiblesses. C’est un accouchement qui prend le temps d’écouter la mère, durant le suivi mais aussi le ou les jours J. (…) Cela se ressent d’autant plus dans la maternité car ce n’est pas une situation qui nécessite systématiquement une prise en charge médicale (…). Le seul moyen de libérer la maternité de cette situation est de distinguer les grossesses pathologiques nécessitant un suivi médicalisé de celles nécessitant simplement un accompagnement et de faciliter le passage entre les deux. Il n’était pas rare, il y a un siècle d’accoucher sans médecin, mais très rare d’accoucher seule. Aujourd’hui, nous avons des médecins à portée de main, mais personne pour nous accompagner et nous aider dans notre douleur (hors d’un.e époux.se qui est parfois autant en panique que nous). Il faut accepter l’idée que le gynécologue n’est pas toujours nécessaire, mais que l’accompagnement (notamment par une sage-femme) est essentiel. Cet accompagnant doit être formé pour comprendre les moment où il doit laisser place à un suivi médicalisé en cas de complication et les médecins et hôpitaux doivent être formés à accepter des parturientes qui ont déjà commencé le travail ou déjà accouché.“(Marion)

 

Nous insistons sur l’importance de s’adapter aux besoins et aux vécus de chacune “C’est aussi accepter que certaines peuvent avoir des difficultés ou un vécu qui rendent les choses difficiles. Des difficultés de compréhension que ce soit d’un niveau intellectuel ou d’un niveau de langue. Des difficultés dans le rapport au corps car non, toutes les femmes ne se sentent pas mal à l’aise allongées sur le dos avec les genoux écartés, mais y’en a quand même pas mal et celles-ci doivent être prises en compte.” (Marion)

“C’est parfois attendre un peu, accompagner de manière plus personnalisée, moins « dépersonnalisée » (pour le personnel médical)” (Ezrine)

Lauren déplore que “le contexte médical ampute beaucoup de ce qu’est un accouchement: le terme d’une grossesse, une rencontre, une histoire, une aventure humaine, une naissance. Il reste la douleur. Et on a beau coller des péridurales autant qu’on le peut, ça fait toujours mal.” La possibilité de choisir vraiment change la donne.

 

Le système hospitalier complique cet accompagnement personnalisé par la multiplication des intervenants au cours de la grossesse et de l’accouchement :

“Un des problèmes que l’on peut aussi noter dans le suivi médical est la difficulté à avoir un interlocuteur unique, à avoir le fameux “une femme – une sage-femme” qui permettrait un accompagnement global de la femme lors de la grossesse et de l’accouchement. Comment pouvoir être “maître” de sa grossesse, faire respecter ses choix et son consentement lorsque l’on est ballottée entre plusieurs praticiens ? Médecin généraliste, obstétricien, sage-femme pour le suivi (qui parfois se suivent car l’un ne fait que le début de grossesse, quand l’autre passe la main à la maternité en fin de grossesse. Et si l’on opte dès le début de la grossesse pour un suivi en maternité, les roulements de postes font qu’on n’est jamais sûre d’être suivie par le même professionnel de santé) ; échographiste ; sage-femme pour la préparation à la naissance ; et lors de l’accouchement, il arrive désormais que le suivi soit également fragmenté : une sage-femme qui accueille et diagnostique la mise en travail ou non, une autre pour le début du travail, une autre pour l’accouchement, une autre si une césarienne doit être pratiqué, une autre en service maternité (et qui change tous les jours suivant les roulements de garde), les auxiliaires de puéricultures, sans oublier les étudiants de tous bords. Tant d’intervenants qui ne peuvent que nuire à la capacité décisionnelle de la femme (devoir toujours répéter, avoir le risque multiplié de se retrouver face à un soignant obtus). Et qui ne peuvent donc que mener à une infantilisation : il est tellement plus simple d’imposer que de toujours chercher le respect.” (Agathe Tournesoleil)

 

Beaucoup d’entre nous font l’éloge des sages-femmes, à la maternité ou les sages-femmes libérales qui ont suivi certaines de nos grossesses ou nos suites de couche. Si le côté humain de l’accompagnement doit être pris en compte par l’ensemble du personnel intervenant auprès des femmes enceintes, elles semblent en effet les mieux placées pour proposer l’accompagnement qu’on espère toutes, même si on peut trouver une écoute attentive également auprès de certains gynécologues et médecins généralistes.

“Mon meilleur souvenir, c’est la sage-femme que j’ai vu après, à l’extérieur, pour la rééducation, qui a compris la douleur, et qui l’a prise en compte dans sa méthode. <3” (Marion)

“Mon suivi par une sage-femme, et sa venue chez nous après le retour à la maison, ou elle a pris soin de MOI, ça m’a beaucoup touché. Le fait qu’elle continue à prendre des nouvelles même une fois son “job” fini, comme une personne humaine quoi. (…) De la même manière, pour la rééduc c’est elle que je suis allée voir. Elle m’a touché 2 fois, au début et à la fin pour voir si c’était OK. Le reste, c’était à moi de le faire, et ça m’a vraiment permis de me réapproprier mon corps. On le sent que je l’aime ma sage-femme ?” (Leslie)

“Meilleur souvenir, mmmm… Les séances de préparation à l’accouchement. Ma sage-femme (oui, je l’ai gardée, elle fait mon suivi gynéco maintenant) est géniale, rassurante au possible” (Neea)

“Pour mes trois enfants, j’ai été accompagnée par les mêmes sages-femmes libérales, un lien très fort s’est établi avec elles au fil des mois et des années… les échographies (faites avec l’une d’elles) allongée sur un lit confortable, avec tout le sérieux et le professionnalisme requis ET une très grande bienveillance ont été vécues pour ma part avec beaucoup d’émotion.” (Vermicel)

 

Plusieurs participantes insistent sur l’importance du soutien et de la confiance des sages femmes pour s’approprier leur accouchement, se sentir capables. Ainsi, sont cités parmi les meilleurs souvenirs de leur grossesse et de leur accouchement “la SF qui me dit “c’est vous qui savez” (empowerment)” (Minka) “ la SF me propose d’essayer de pousser ; au bout d’un moment, elle me dit “oui, comme ça, continuez, vous l’aidez bien là votre bébé !” Ces mots sont gravés dans mon coeur.” (Moineau)

sage-femme

Afin de faire connaître les compétences des sages-femmes (qui ne concernent pas seulement la grossesse et l’accouchement), le gouvernement a mis en place une campagne d’information que vous trouverez ici. Plusieurs sages-femes ont également des blogs où les sujets de la maternité et du féminisme sont abordés, comme celui de 10 lunes.

Advertisements

One thought on “Suivi de grossesse et accouchement : être accompagnées

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s