Suivi de grossesse et accouchement : pas sans notre consentement !

En plus du manque d’information, le problème essentiel dans le suivi actuel de la grossesse en France est pour nous “l’absence de recherche de consentement et le refus de considérer [la femme] comme la meilleure personne pour juger de ce qui est le meilleur pour elle et son enfant” (Agathe Tournesoleil)

“Actuellement, un des problème est de considérer que les femmes ne savent pas décider ce qui est bon pour elles.” (Mere Geek)

Et les réactions souvent dures quand la femme tient à faire valoir ses choix : “le corps médical décide et la femme n’a qu’à se laisser faire. Si la future maman commence à avoir un regard critique, à poser des questions, à dire qu’elle souhaite agir différemment de ce que prévoient les protocoles… on la considère comme une gamine capricieuse, voire une semi-folle qui fait prendre des risques inconsidérés à son enfant.” (Moineau). En voilà un exemple concret :  “La gynécologue-obstétricienne qui alors que l’expulsion commence veut me faire une épisiotomie, je refuse (ce qu’elle a respecté, alleluia) et elle m’engueule : “vous êtes inconsciente, ça va pas passer ! C’est votre sage-femme qui vous a mis ça en tête, encore !” (Note : elle a engueulé Papa Geek qui ne voulait pas couper le cordon ombilical sur le même ton “mais c’est important de le faire, c’est symbolique”).” (Mere Geek). Véro souligne un “manque de confiance dans les femmes”.

Reviennent alors les mots “paternalisme” (Marion, Lauren, Moineau) et “infantilisation des futures mères” (Agathe Tournesoleil, Leslie, Mere Geek, Marion) : “quelle ironie précisément au moment où l’on s’apprête à devenir parent !” (Vermicel). Moineau souligne que c’est quelque chose de particulier aux femmes, et donc un combat profondément féministe : “Je pense que le paternalisme médical est aussi présent dans les soins non gynécologiques, pour autant je ne suis pas sûr qu’il fasse autant souffrir les hommes, ni que ces derniers obtiennent les mêmes réactions quand ils se mêlent de comprendre leur état de santé et les soins qu’on veut leur appliquer. L’image de la femme véhiculée par notre société rend les violences obstétricales invisibles, c’est par le féminisme que les choses bougent.” (Moineau). Marion renchérit : “C’est un combat féministe de dire au corps médical que la femme en tant qu’individu pensant doit être respectée dans son corps comme dans ses choix. Qu’elle doit être écoutée et entendue. Trop de gynécologue ne voient qu’une tête entre 2 genoux, il est nécessaire de leur expliquer qu’on s’adresse avant tout à un visage, pas à un vagin.”

 

Nous ne devrions pas avoir à nous battre pour exercer notre consentement. C’est au personnel médical de faire en sorte de le respecter. Pourtant, informer et recueillir un consentement n’est pas forcément compliqué… “Cela passe par la recherche du consentement de la patiente avant les actes avec des phrases simples et compréhensibles et donc d’accepter le refus de consentement.” (Marion). Pourtant, nous constatons que c’est rarement le cas. Alors que discuter, au lieu d’imposer un geste, change grandement le vécu de la femme. Ainsi, Moineau raconte que “lors de mon second accouchement, la SF m’a dit à un moment “je vais percer la poche des eaux”, j’ai dit non, elle m’a regardée éberluée. Elle m’a dit que c’était le mieux, je lui ai dit que c’était en contradiction avec les informations qu’on m’avait données lors de mon premier accouchement, elle m’a donné des explications biologiques… finalement j’ai été convaincue et je lui ai donné mon accord. Tout ça a dû prendre… 5 minutes ?”

Le côté urgent ne doit pas dispenser de recueillir le consentement “il y a des situations où je crois que je peux comprendre que les médecins ont besoin d’aller vite, pensent avoir un jugement plus clair. Mais ça ne les dispense pas d’informer et de recueillir un consentement éclairé.” (Sacrip’Anne)

 

Et plus, le consentement même énoncé clairement est régulièrement non respecté. “je ne voulais pas d’épisiotomie sauf nécessité absolue. J’en ai eu pour mes deux accouchements sans qu’on me demande mon avis ; j’avais fini par dire à la sage-femme que je voulais au moins qu’on me prévienne, elle m’a répondu que non, parce que les femmes se crispent alors et que ça rend le geste plus compliqué. J’ai encaissé et heureusement très bien cicatrisé, mais merde.” (Véro)

 

Lauren le résume ainsi : “Je vais faire court : nos corps ne nous appartiennent pas, et encore moins quand on est enceinte. Je pourrais développer sur des pages et des pages, mais ça résume bien. On m’a baladée d’expert en expert, on m’a fait faire des tas d’examens pour lesquels j’aurais pas vraiment consenti si on m’avait demandé mon avis, on m’a rien expliqué et j’ai eu l’impression d’être un sac à viande. Et encore, pour moi, ça s’est plutôt bien passé.”

 

Céder n’est pas consentir. Or certaines d’entre nous considèrent qu’elles ont cédé, et non consenti, à cause de la pression de l’équipe médicale.

Il est difficile de trouver l’énergie de lutter pour imposer ce que l’on souhaite : “je voyais bien qu’on me laissait pas choisir beaucoup de choses et que pour l’accouchement j’allais devoir me plier aux exigences du corps médical, mais je me sentais pas en capacité de m’opposer, j’avais peur que ça foute la merde entre les médecins et moi (et je pense que malheureusement, ça peut en effet être contre-productif de trop s’opposer au corps médical quand on accouche, on est dans un état de vulnérabilité et on peut pas faire grand chose, c’est en amont qu’il faut changer les choses pas quand on a une tête de bébé dans le vagin et qu’on souffre atrocement). Du coup j’ai laissé les choses se faire et ça s’est évidemment pas exactement passé comme je l’aurais souhaité, mais c’était pas si mal.” (Lauren)

“La seconde [grossesse] a été conflictuelle dès lors que j’ai été rangée dans la case “diabète gestationnel, et s’est conclue par un déclenchement que je considère toujours comme non justifié, mais auquel je me suis résignée pour ne plus subir les remarques culpabilisantes de l’équipe soignante (à base de “vous ne vous rendez pas compte, il y a même des cas de mort intra-utérine” : à 38SA+5, mon bébé était bien dans mon ventre, mais à 39SA vite vite vite il fallait le faire sortir ou il risquait de mourir… sans examen complémentaire hein, juste par la magie du calendrier – WTF ?). Je ne sais pas si j’aurai assez de toute ma vie pour digérer l’hospitalisation qui a précédé ce second accouchement. Une chose est sûre, je ne veux plus jamais être enceinte.” (Moineau)

 

Pourtant, Vermicel insiste : “Ce qui est indéniablement féministe, c’est considérer que toute femme doit être libre. Les femmes sont douées de raison et de discernement, capables de poser des choix librement consentis. Ce principe s’applique à tous les aspects de l’existence, y compris la maternité, la grossesse et l’accouchement (précisément !)”. Et Moineau souligne que le féminisme est une arme : “ma prise de conscience féministe m’a aidée à affirmer mon non-consentement à certains gestes, à m’affirmer face au corps médical”.

 

Alors comment faire pour faire respecter son consentement ?

  • prendre du recul sur les protocoles et se poser la question de ce qu’on veut soit : “Quand on prend conscience que les soins ne sont pas forcément dictés que par les besoins du patient, mais aussi par les problèmes d’effectifs des hôpitaux par exemple, on apprend à remettre en question le suivi proposé, à se demander “est-ce vraiment ce qu’il y a de mieux pour moi ?”. A partir de là, refuser des actions qu’on juge superflues devient plus facile – un peu.” (Moineau) Fille d’Album souhaite “un suivi de grossesse et un accouchement où on se demande si chaque acte est nécessaire au lieu de suivre à l’aveugle un protocole.”
  • choisir un professionnel de santé respectueux pour faire son suivi : “J’ai choisi pour ma première grossesse de faire mon suivi uniquement avec une sage-femme, c’était d’abord un choix un peu militant (c’est tombé au moment où les gynécos-obstétriciens remettaient vraiment en cause leurs compétences et leur légitimité) puis parce que moi je n’ai pas de gynéco “attitré” (…) elle m’a expliqué les choses, les examens, les résultats, elle n’a jamais été intrusive, ni physiquement (pas de toucher vaginal) ni psychologiquement (elle n’a jamais cherché à imposer un type d’accouchement). Elle m’a donné les clés, et j’ai fait mes choix avec mon partenaire.” (Leslie)
  • Le mot empowerment revient à plusieurs reprises. Parfois traduit en français par empouvoirement ou capacitation, il signifie sortir d’une situation de passivité, où on subit pour devenir maîtresse de sa propre trajectoire et semble fondamental à beaucoup d’entre nous pour la grossesse et l’accouchement, mais aussi la vie de jeunes parents. “En dénonçant les violences obstétricales, en prenant conscience du sexisme du milieu médical, en favorisant la démédicalisation de l’accouchement, on concoure à une plus grande autonomisation des femmes (“empowerment” est un terme plus juste).” (Ezrine) Et beaucoup soulignent à quel point le soutien du personnel médical, sa confiance, peut nous y aider. “toutes les sages-femmes et les puéricultrices de la maternité, qui ont été bienveillantes, dans l’explication, dans l’empowerment. J’en ai déjà parlé, mais le meilleur conseil du monde à donner à des jeunes parents, c’est une puer qui nous l’a donné : “tout le monde va vous donner son avis sur tout, mais souvenez vous qu’à 3h du matin, quand le bébé aura 39° et du caca partout, vous serez tous seuls, et vous seuls saurez quoi faire” “ (Leslie)

 

Comment faire pour faire évoluer les choses à un niveau plus global ?

Agathe Tournesoleil encourage les femmes à se battre : “C’est aux femmes de faire bouger cela. De faire respecter leurs choix, de se renseigner sur les recommandations et ce qui est “éclairé”. De faire respecter ceux et celles qui les défendent. C’est aux femmes de faire valoir leur droit à “ne pas consentir” ! A leur niveau individuel en consultation mais également à un niveau plus large en se regroupant en associations, en alertant leurs élus, en dénonçant sur les réseaux sociaux. Les femmes n’ont pas le pouvoir, mais elles ont le pouvoir de se l’accorder !”

Mere Geek souligne l’importance de la transmission entre femmes : “On manque de transmission des connaissances entre femmes. Je n’ai su ce qui se passerait pendant la grossesse que quand j’ai demandé à ma mère ou quand je me suis documentée…dans des sources soit médicales (pathologie), soit infantilisantes et/ou sexistes (doctissimo). Pour donner un exemple, avez-vous vu le sketch de Florence Foresti sur la grossesse ? Elle y fait mention d’un tabou sur l’accouchement, on n’en parle qu’entre femmes qui ont déjà accouché. Autant ce sketch ne vous fera pas forcément rire, autant elle a raison sur le côté tabou”.

Il est également indispensable d’insister sur la formation des soignants : “Il faut aussi former correctement les soignant.e.s ! Quand on voit que nombres d’entre eux trouvent normal de forcer les femmes pour les touchers vaginaux, voir les faire sous anesthésie générale sans prévenir, de ne pas demander le consentement, considèrent que le consentement éclairé est un frein à une bonne prise en charge (ben oui, les gens sont bêtes et risquent de dire non alors que eux, soignant.e.s formé.e.s SAVENT.) (je caricature un peu. Enfin… j’espère que c de la caricature…)” (La Farfa)

“Je pense que c’est beaucoup lors de leur formation initiale que les soignants doivent apprendre que c’est au patient de décider des soins qu’il accepte ou non de mettre en oeuvre – du moment que les bénéfices et les risques lui ont été correctement expliqués…” (Moineau)

Certaines initiatives concrètes sont soulignées :

“J’espère que des projets comme http://ecoledessoignants.blogspot.fr/ pourront faire évoluer les choses” (Moineau)

Vermicel considère que les évolutions viendront en bonne partie des soignants qui souhaitent travailler autrement, être formés autrement. Béatrice pense nécessaire une remise en question profonde de l’institution hospitalière : ”En France aujourd’hui, il faut s’éloigner du cadre traditionnel pour pouvoir réinventer une autre relation soignant-patient, pour expérimenter un autre rapport au risque, à l’information, au choix libre. Ce n’est pas le protocole en lui même qui est oppressant ou libérant, ce n’est pas (d’abord) la physiologie ou la médicalisation qui est en cause, c’est la capacité d’une institution à se remettre en question, à refuser l’autoritarisme, à être un lieu où la complémentarité des expertises (expertise universitaire du soignant, expertise sur sa propre vie du patient et parfois plus…) puisse exister et où la bienveillance soit de mise.”

 

Parmi les ressources qui nous paraissent intéressantes, un Tumblr sur le non respect du consentement face aux actes médicaux (et surtout gynécologiques) : http://jenaipasconsenti.tumblr.com/. Le site de Martin Winckler. Moineau :“découvert via Borée (lire en particulier cet article et celui-ci), qui m’a appris à ne pas prendre pour argent comptant ce que dit le docteur, et que j’ai mon mot à dire sur les soins que je reçois ainsi que son livre : “le choeur des femmes”.

Advertisements

One thought on “Suivi de grossesse et accouchement : pas sans notre consentement !

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s