Suivi de grossesse : sommes-nous vraiment informées ?

Une idée centrale se détache de tous les témoignages : les femmes ne sont pas suffisamment ou pas correctement informées. “De mon point de vue de mère ET de sage-femme, les problèmes actuels dans le suivi de la grossesse sont multiples et se rattachent à un point particulier : la vision infantilisante que le milieu médical a des femmes” (Agathe Tournesoleil).

“La partialité des informations données qui visent davantage à entériner des usages des professionnels, les légitimer et les reproduire, qu’à co-construire la meilleure décision pour la femme, le couple et l’enfant. Pour moi, l’énorme bataille reste celle de l’information non normative et sincère, celle qui conduit à un choix authentique” (Béatrice)

“j’ai l’impression que trop peu de femmes connaissent réellement les alternatives à un suivi classique hopital-gynéco.” (La Farfa)

 

Malgré quelques exceptions (Agathe Tournesoleil, sage-femme, avait “une très bonne connaissance du suivi de la grossesse… à l’hôpital !”, Neea ou Hello_Elo avaient beaucoup lu sur le sujet…), la plupart d’entre nous n’avaient qu’une connaissance limitée voire nulle du système de suivi de la grossesse avant la première grossesse.

Et pendant la grossesse, les soignants, entre protocole et manque de personnel, ne prennent souvent pas le temps d’informer correctement. “En gros, quelle primigeste sait ce que veulent dire ses résultats de tests sanguins, et qui lui explique pour qu’elle COMPRENNE ?” (Leslie) “ le manque d’explications médicales données aux femmes enceintes. Qui a eu de vraies explications sur l’ensemble des examens sanguins qu’elle a eu ? A l’échographie du 3e mois, la gynéco s’est contentée d’un “c’est le test pour la trisomie, signez là”. Et l’anesthésiste ne m’a rien expliqué sur la péridurale, son fonctionnement, ses éventuels effets secondaires…” (Fille d’Album). “J’ai eu du mal à avoir des réponses claires sur pourquoi on m’a demandé de faire le test du glucose, le simple fait de dire que j’allais réfléchir a bien crispé mon endocrino” (Marion).“Ma gynéco (…) me remballait quand je posais des questions” (Lauren). Même si heureusement certains soignants prennent le temps nécessaire pour expliquer : “J’ai eu la chance pour ma première grossesse d’être suivie par des établissements (maternité et PMI) et une sage-femme très porté.es sur les explications” (Neea)

 

Parmi les informations faussées, les ignorances qu’il peut y avoir, sont citées :

  • l’ignorance que les sages femmes ou les médecins traitants sont compétent.e.s pour un suivi de grossesse, hors grossesse pathologique (La Farfa). Mere Geek souligne qu’elle a découvert la profession de sage-femme par hasard pendant sa grossesse. Moineau : “heureusement pour moi, peu de temps avant que je tombe enceinte, une voisine m’a appris que sa première grossesse avait été suivie par son généraliste et qu’elle en était ravie. (…)  Ce n’est qu’après la naissance de mon aîné que j’ai appris que les sages-femmes n’étaient pas là que pour dire “allez madame, poussez !” pendant l’accouchement, mais qu’elles pouvaient assurer le suivi de A à Z…” (Moineau) “j’ai appris trop tard (quand je suis arrivée en prépa à l’accouchement au 6ème mois) que j’aurais pu être suivie par une sage-femme, et que j’aurais pu accoucher en plateau technique.” (Béatrice) “Je regrette malgré tout de n’avoir pas su qu’un médecin généraliste ou une sage-femme pouvaient faire ce suivi.” (Ezrine)
  • la méconnaissance du fait que certains examens faits systématiquement ne sont pas nécessaires : “Je pense notamment aux touchers vaginaux qu’un certain nombre de soignant.e.s fait systématiquement, tous les mois, et plein de femmes trouvent ça chiant mais “pas le choix, faut bien le faire” alors qu’en fait… non…” (La Farfa)
  • la difficulté à savoir si certains examens sont obligatoires ou non “j’ai galéré à comprendre ce qui était obligatoire ou pas” (Mere Geek)

 

Pourtant, un accouchement respecté, “Cela passe par la transmission de l’information tout au long de la grossesse et de l’accouchement sur ce qui se passe, sur les gestes qui peuvent être pratiqués et sur les besoins et nécessités de la mère et de l’enfant.” (Marion)

 

Une des difficultés est de se détacher de l’image du soignant qui sait face à la femme ignorante afin d’accéder à une information fiable.

Agathe Tournesoleil : “combien de femmes vont accepter des conduites à tenir aberrantes sous prétexte que le “grand docteur” a dit que ?”

Moineau : “La culture populaire donne aux soignants une aura de “sachant”, on apprend à faire ce que dicte la blouse blanche de “celui qui sait”

“La notion du personnel médical savant face à la femme ignorante me parait essentiel dans l’accouchement. On est la plupart du temps pas dans l’intervention d’urgence nécessitant d’agir sans que la personne concernée soit systématiquement sollicitée. Il est nécessaire d’établir un échange, une réelle communication entre le corps soignant et les patients afin d’apporter une dimension humaine aux actes médicaux ou aux actes d’accompagnement.” (Marion)

 

Pourtant, l’information est indispensable pour donner un consentement éclairé, et c’est ce dont nous parlerons dans le prochain article.

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4 thoughts on “Suivi de grossesse : sommes-nous vraiment informées ?

  1. Je tiens à ajouter qu’au-delà des informations, je trouve qu’il y a un manque de CHOIX hallucinant.

    J’étais au courant que mon généraliste ou une sage-femme pouvaient suivre ma grossesse MAIS, étant seule titulaire du permis à la maison (et n’ayant pas trop trop envie de conduire avec des contractions ou d’appeler le SAMU pour me transporter pour un accouchement) je me suis résignée à accoucher dans la clinique du nord de la ville à côté de chez moi (10-15mn à pieds (et donc 20mn avec les contractions)). Or, pour accoucher dans cette clinique, pas le choix : suivi obstétricien mensuel obligatoire. J’avais le droit quand même de faire les échos ailleurs (trop sympa !) J’ai été assez peu informée sur la salle de naissance “nature” qui y existe avant, et je le regrette mais c’était mon premier bébé, de toute façon je ne l’aurais sans doute pas fait car je n’avais pas confiance en moi ou en mon corps.

    Ce suivi imposé m’a semblé lourd, cher, contraignant en temps, avec à la fin un énorme ras-le-bol des touchers vaginaux (que maintenant je sais non-nécessaires !) Je sais que j’ai de la chance d’avoir accouché en clinique privée, dans le sens où financièrement je peux me le permettre (enfin, ma mutuelle…) mais deux ans après ça me révolte toujours. Je rêve qu’une maison de naissance s’installe dans ma ville (dans mon quartier ?), ou simplement qu’on m’autorise à accoucher en clinique sans passer obligatoirement par un de leurs obstétriciens…

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    1. Oui tout à fait ! On est obligés de couper de manière un peu arbitraire des sujets très entremêlés, mais on reviendra sur ces questions de consentement, de choix dans les articles suivants. Ces histoires de suivi imposé, d’examens non-nécessaires présentés comme indispensables et inévitables, c’est ce contre quoi on tente de se battre, et le fait que le choix soit limité par des contraintes extérieures est scandaleux… J’espère qu’en cas de second accouchement tu pourras trouver une solution qui te correspond mieux…

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