Jouets : accompagner les enfants dans leurs choix

Nous avons parlé précédemment de nos choix et nos techniques pour éviter de tomber dans le marketing genré et les jouets stéréotypés. Cependant, nous ne sommes pas les seules à entourer nos enfants, et il faut composer aussi avec l’entourage, la société, les stéréotypes intégrés par nos enfants…

Ainsi, même si nous sommes vigilantes, nous sommes conscientes que notre enfant, s’il était de l’autre sexe, n’aurait pas forcément les mêmes jouets. Bien sûr, il y a les jouets que l’enfant aurait eu dans tous les cas : “je pense que oui, mais parce que j’ai des garçons et que j’aurais certainement offert des jeux “de garçon” à mes filles ; mes enfants ont peu de “jeux de filles”, suffisamment peu pour que je pense que des filles les auraient eues effectivement. “ (Véro). Mais même si nous lui proposons une grande variété de jouets, nos enfants vivent avec d’autres influences que les nôtres. “Ma fille a des super héros, des dinosaures.., mais beaucoup plus de barbies et poneys. Influence de la télé, des dessins animés j’imagine.. Donc je suppose qu’avec un garçon il en irait de même, variété mais plus forte proportion de jouets “de garçon”(Noukapi) “quand je regarde les jeux de mon fils, je vois une grosse majorité de jouets mixtes, de jouets qu’une fille aurait eu aussi, mais aussi une énorme quantité de petites voitures, train et camion de pompiers (qui sont tous des cadeaux). Est-ce qu’une fille en aurait eu autant ? Je ne pense pas.” (Fille d’Album). “Non, il n’aurait pas les mêmes jouets. Pour la bonne et simple raison qu’il ne subirait pas les mêmes influences et n’aurait pas développé les mêmes centres d’intérêts. J’ai remarqué que les grands garçons qu’il fréquente par l’intermédiaire de sa nounou l’influencent énormément.” (Elise) “même si je lui ai offert toutes sortes de jouets le plus indépendamment possible de son genre, et même si j’ai encouragé famille et amis à faire de même, je pense que d’une façon inconsciente, les gens vont choisir des jouets légèrement différents. Et puis je pense que le genre influe très vite sur les choix même de l’enfant.“ (Lauren). C’est moins le cas avec les enfants les plus jeunes : “pour le moment, et en ce qui concerne les jouets que nous avons acheté directement, oui. Nous avons limité à des jouets d’éveil et de motricité, en bois, colorés, en général de marques allemandes ou scandinaves, tiens donc ;-)” (Leslie)

 

“Je pense que quels que soient les efforts qu’on fait, du simple fait qu’on genre les enfants, ils vont se conformer à certaines choses. On n’est pas conscients des multiples influences qu’on exerce sur eux. D’ailleurs certains parents m’ont dit qu’ils traitaient leurs garçons et leurs filles de la même façon alors que je voyais bien que ce n’était clairement pas le cas, et moi aussi je dois inconsciemment agir différemment, sans parler des autres personnes de la famille, de la garderie, etc… Mais enfin bon, je fais comme je peux, c’est à dire que je lui donne un maximum de choix, que je n’accepterai jamais qu’on le critique parce qu’il ne se conforme pas à ceci ou cela, pour moi c’est extrêmement important, le reste n’est que de la théorie.” (Lauren)

 

Certains enfants assument sereinement leur goût pour les jouets considérés comme destinés à l’autre sexe. “Justement car depuis le début on lui dit qu’elle peut faire comme elle le souhaite.” (Noukapi). Certains émettent des réticences quand on leur propose des jouets considérés comme destinés à l’autre sexe :

“Plutôt des hésitations. Plus chez le 2e que chez le 1er, d’ailleurs “mais maman, les garçons, ils peuvent jouer avec des trucs de filles, hein ?”. Et mes enfants ont hélas parfaitement intégré qu’ils ne “peuvent” pas montrer leurs “petits poneys” à tout le monde. En bref, mes enfants n’écartent pas un jouet au titre qu’il est rose ou pour les filles, mais se méfient déjà des réactions d’autrui. Et je pense que cela va s’accentuer au fil du temps – l’aîné ne met plus de rose depuis 1 ou 2 ans, alors que cela ne gêne toujours pas le petit.” (Véro)

“peut-être une fois de ma fille mais elle ne faisait que répéter une phrase de l’extérieur et ai passé à autre chose quand elle a vu ma tête ^^” (MamLutin)

“quand j’ai entendu “il faut pas dire au père noël que je suis une fille sinon il m’apportera pas action man” je lui ai demandé d’où ça sortait : de l’école.” (Agia 31)

La plupart d’entre nous n’est pas confronté à cette difficulté parce que nos enfants sont très jeunes, mais plusieurs d’entre nous ont l’idée que ça risque d’arriver.

 

Alors comment accompagner nos enfants ?

  • soutenir les choix des enfants

“En les soutenant avec force et conviction dans leurs choix. Il y a quelques années mon fils s’est trouvé devant un énorme dilemme. Nous étions au McDo et il voulait les tampons encreurs et le carnet (“pour les filles”) plutôt que le jeu électronique (“pour les garçons). Il me dit désemparé “je peux pas voir les tampons-encreurs parce que c’est pour les filles” j’étais révoltée devant son désarroi. Nous avons donc demandé les fameux tampons et le carnet. A la caisse on n’a pas manqué de me dire “c’est le jouet pour les filles”. J’ai donc argué du fait que garçon ou fille on devrait pouvoir choisir ce qu’on veut. Voilà il y a eu d’autres épisodes du genre (un vélo violet sur une brocante) à chaque fois j’ai essayé de décharger mon fils ce de poids, de lui expliquer que tout ça c’était factice et qu’il ne fallait pas qu’il se soucie de tout ça, qu’il écoute juste ce qui lui faisait plaisir, mais tant qu’ils sont petits c’est très dur pour eux. (France)

En leur montrant qu’on peut résister à la société, affirmer son choix. En leur parlant, en leur expliquant que certaines personnes pensent d’une certaine façon mais que nous, on les soutient !” (Sacrip’Anne)

“J’ai de la chance, ma fille n’a pour l’instant strictement rien à faire du regard et de l’avis des autres, donc je m’efforce d’entretenir ça” (MamLutin)

“En lui expliquant qu’elle a toujours le choix, peu importe que ça soit labellisé Fille ou Garçon. C’est une chose que je lui répète souvent et j’ai l’impression que ça marche puisqu’elle n’hésite pas à demander un tractopelle pour Noël.” (Noukapi)

“En rabâchant que tous les enfants peuvent jouer avec tous les jouets. Que non, on n’a pas besoin d’avoir un pénis pour jouer à la dînette, ni d’avoir une vulve pour jouer à la poupée.” (Mere Geek)

  • expliquer, déconstruire les stéréotypes de genre

“Je compose au mieux, en respectant au max ses envies et goûts mais en ayant un discours qui essaie de déconstruire les stéréotypes de genre. J’utilise pas mal les livres jeunesses pour ça. On a au moins 2 livres qui ciblent spécifiquement ce sujet, j’ai écarté les livres trop stéréotypés et quand je vois des choses qui me plaisent pas dans un livre j’amène une discussion là dessus en lui demandant ce qu’il en pense lui.” (LaFarfa)

“En répétant et reprenant sans cesse les remarques des enfants (calquées sur ce qu’ils entendent) quand ils disent “tu ne peux pas jouer au train, c’est pour les garçons !”. (Mere Geek)

 

Agia31 souligne la difficulté qu’il peut y avoir pour les enfants d’assumer un choix différent de celui de la majorité : “Le plus compliqué était pour moi : comment dire à un enfant qu’il la liberté de ses choix dans la mesure où la société renvoie à des comportements stéréotypés. C’est compliqué d’accompagner un enfant sur cette voie. Je trouve que ça les oblige à avoir un caractère fort très tôt : ça a des avantages plus tard mais sur le moment c’est difficile.” Anne-Christelle rapporte ainsi cette anecdote “Il m’a demandé que je lui peigne sa chambre en rose Miami comme ma cuisine de l’époque. Je n’ai pas refusé, nous en avons discuté avec son papa puis avec lui. J’ai fait une erreur c’est de lui dire que si jamais ses copains de l’école en venant à la maison lui disait qu’il avait une chambre de fille je ne repeindrais pas du coup il a changé son fusil d’épaule, on a fait orange/rouge/violet foncé et bien les copains lui disaient quand même qu’il avait une chambre de fille.”

 

Accompagner nos enfants, les élever, c’est aussi assumer nos limites et nos interdits, les expliquer.

“pour les jouets, j’explique, par exemple, pourquoi les poupées type Barbie, ou les jouets armes, c’est no way.” (Minka)

“Quand mes fils me réclamaient des vêtements ou jouets que je ne voulait pas leurs acheter et qu’ils me disaient, oui mes copains en ont, je veux les même baskets qu’untel. Je répondais invariablement, tu n’es pas un mouton, tu n’as pas l’obligation de suivre le troupeau. Tu es une personne unique donc tu dois faire tes choix et pas ceux des copains. Et j’expliquais aussi souvent pourquoi c’était NON ! (…) J’ai souvent dit NON mais toujours expliqué pourquoi. J’ai toujours refusé que la société fasse pression sur moi et mes enfants ! Mais j’ai aussi dis OUI ! Ok, tu veux un truc Pokémon, ok pour les chaussettes ou la culotte. Le cartable je choisis par ce que je le veux de bonne qualité mais la trousse tu peux prendre ton truc vu à la téloche.” (Anne-Christelle)

Il est donc question d’expliquer et d’accueillir la frustration (Minka, Sacrip’Anne).

“Je pense que je lui expliquerais pourquoi ça me dérange et que je ne lui en achèterais pas, mais s’il en trouve un ou je sais pas quoi, je lui dirai juste que je refuse de jouer avec lui à ça. C’est à dire que je me vois pas lui interdire de faire ce qu’il veut, même si je suis contre. Pour autant, c’est important pour moi de lui transmettre mes valeurs (et la liberté et fait partie).” (Lauren)

Plutôt que le refus, Elise lui donne la possibilité d’accéder à son souhait, sans céder à l’achat : “Tu veux un pistolet ? Ok, tu te le fabriques.”

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